LAHORE : SUR LA ROUTE DE L’EMPIRE MOGHOL

Posté par delphineevmoon le 21 janvier 2012

Le nom mythique de Lahore, tout comme Alep, Alexandrie, Ispahan, Valparaiso, Petra ou Boukhara, m’a toujours fait rêver. La ville, capitale culturelle du Pendjab, n’a jamais cessé de nourrir et d’éveiller mon imaginaire, fait vagabonder mes pensées auprès des fastes et splendeurs de l’Empire moghol, de ses jardins magnifiés, de son architecture démesurée et ses opulents palais, de ses intrigues et ses mystères, de ses peintures miniatures et de ses légendes. Et après y avoir été pour la première fois en 2002, mon impression ne s’est jamais pas démentie. J’avais hâte d’y être, de la découvrir et de vérifier par moi-même si mon espoir n’allait pas être déçu. Et bien non. Il règne dans cette ville aussi énergique, bruyante et vivante soit-elle, une atmosphère désuète à la fois chargée d’histoire et de modernité. Lahore a du caractère et recèle de multiples facettes bien cachées dans le dédale de certaines de ses rues sombres.

À la fois représentative des vestiges de l’Empire moghol et de la colonisation britannique, le cœur de Lahore se découvre lentement. La ville, qui s’étend sur la berge orientale de la Ravi, s’apprécie et se dévoile si on se laisse porter. Et comme le dit si bien Claudine Le Tourneur d’Ison, dans Villes éternelles (Robert Laffont, 2006) : « Plus je déambule à travers ce labyrinthe et plus je me laisse prendre par le charme de cet univers énigmatique et si hospitalier ». Je ne suis pas la seule à être fascinée par sa réputation.

Lahore a également inspiré plusieurs auteurs pakistanais ou étrangers, dont Krishan Chander (1914-1977), qui la décrit d’ailleurs avec beaucoup d’émotion : « Lahore est la ville où je suis née, où j’ai été élevé, où j’ai commencé ma carrière littéraire et où j’ai gagné ma réputation. Pour ceux de ma génération, il est très difficile d’oublier Lahore. Elle brille dans nos cœurs comme un bijou, elle est le parfum de notre âme », raconte-t-il. Rudyard Kipling (1865-1936), dont le père était le conservateur du Musée de la ville, y a vécu, a fait ses débuts de journaliste à la Gazette militaire et civile de Lahore, et sa nouvelle Cité de l’épouvantable nuit s’y déroule. L’écrivain-voyageur Paul Theroux nous la décrit dans Railway Bazaar (Grasset, 2006) : « Lahore m’apparut comme une ville familière. Elle correspondait à un stéréotype enfoui dans ma mémoire. L’image que j’ai de la ville indienne vient de Kipling. Grossissant les foules, exagérant les dangers des souks, rehaussant couleur et confusion, le Kipling des premières nouvelles et de Kim décrit en fait le Lahore d’aujourd’hui, ce Lahore qui s’étend au-delà du Mall dont les allées étroites sont encombrées par des processions de pousse-pousse, de cabriolets à chevaux, de colporteurs et de femmes voilées qui vous entraînent irrésistiblement dans leur sillage. Anarkali, célèbre marché public, et la ville elle-même avec ses remparts, sa citadelle et ses mosquées, ont gardé cet exotisme outré qu’évoque Kipling… À Lahore, l’ordre réside dans l’architecture, splendeur des princes indiens de jadis et de l’époque coloniale. Autour se pressent êtres humains et véhicules… Avant d’arriver aux jardins de Shalimar, je parcourus des kilomètres de rues encombrées d’êtres à l’air affamé de prédateurs qui se bousculaient. Ils étaient paisibles… il y régnait un ordre, une fraîcheur ombragée, une impression de refuge délicieux, probablement pas différents de ce qu’avait imaginé Shah Jahan quand il les avait conçus en 1637 ». Et Nicolas Bouvier de préciser dans L’usage du monde (Payot, 2001) : « Lahore est une ville très personnelle qui vous saisit du premier coup dans un filet d’odeurs précises : fritures, confiserie, pneu et sueur… Avec ses sifflets de train, le pullulement brumeux des toits, les vautours au-dessus de la City et cette campagne calcinée, gris-vert olive qui l’entoure, elle donne l’impression d’une mer toute proche ».

 

La ville moghole

J’ai toujours rejoint la capitale du Pendjab par la route en arrivant d’Islamabad et en empruntant la mythique, voire l’historique, Grand Trunk Road (GTR). Sur le chemin, quelques étapes sont nécessaires, notamment l’imposante forteresse de Rohtas, située sur la Jhelum. Édifiée de 1540 à 1550 par Sher Shah Suri, elle était supposée garder la route qui traversait la Salt Range, reliant les plaines du Pendjab à l’Indus. Vous apercevrez également le barrage de Mangla (cf. le chapitre sur l’Indus) avant d’atteindre la petite ville de Jhelum, où les Britanniques avaient établi une garnison. Puis, vous passerez par Gujrat, fondée au XVIe siècle par le Moghol Akbar. Renommée pour ses poteries, elle aurait également servi de cadre à la terrible histoire d’amour de Sohni et Mahiwal. Sohni était la fille d’un potier et, tous les soirs, elle avait l’habitude de rejoindre son amoureux Mahiwal de l’autre côté de la rivière Chenab. Pour ce faire, elle traversait le fleuve en s’accrochant à un pot de terre cuite. Un jour, sa belle-sœur, jalouse, remplace le pot par un autre non cuit au four. Lorsque Sohni est au milieu de l’eau, le pot d’argile se dissout. Quand Mahiwal entend les cris de sa bien-aimée, il se jette à l’eau, mais en vain. Désespéré, il se laisse alors engloutir par les flots. Votre route continuera vers Sialkot, l’un des principaux centres industriels du Pakistan. La ville est bien connue pour la fabrication et l’exportation d’instruments chirurgicaux, d’instruments de musique, d’articles de sports (notamment les ballons de football) et de maroquinerie, ainsi que pour ses textiles. Puis vous arriverez à Lahore, l’envoûtante cité moghole.

La légende veut que connue dans les temps anciens sous le nom de Lavapuri, elle aurait été fondée il y a quelque 4000 ans par le prince Lava, fils de Rama (roi véritable ou mythique de l’Inde antique, dont la vie et les exploits sont relatés dans le Rāmāyana, l’une des deux grandes épopées de l’Inde écrites en sanscrit). Au IIe siècle, Ptolémée mentionne dans son Manuel de géographie une ville appelée Labokla située entre la rivière Indus et Palibothra, dont certains supposent qu’il s’agirait de Lahore. Mais le plus ancien document officiel relatif à la ville remonte à 982. Écrit par un anonyme et intitulé Régions du monde, il mentionne une « petite ville avec des temples impressionnants, des grands marchés et d’immenses vergers ».

Objet de conquête, Lahore est prise par le sultan Mahmud de Ghazni au tout début du XIe siècle. Il la confie à Malik Ayaz, premier dirigeant musulman de la ville, qui monte sur le trône et en fait la capitale de l’Empire ghaznavide. Sous son règne, Lahore devient un centre culturel islamique et académique, réputé pour sa poésie et fréquenté par des savants et des artistes. Après la chute de cet empire, la cité est dirigée par diverses dynasties musulmanes durant quelques siècles. Mais, son véritable apogée se situe à l’époque moghole, durant laquelle elle va prendre toute son ampleur et acquérir toute sa splendeur.

En 1526, le puissant Babur, descendant de Tamerlan et de Gengis Khan, défit le sultan de Delhi, Ibrahim Lodi, à la bataille de Pânipat et fonde l’Empire moghol (mot persan désignant ces nouveaux venus du pays des Mongols), une puissante dynastie, prospère, unie, tolérante et raffinée, qui va régner jusqu’en 1858 sur quelque 200 millions d’âmes. « Né en 1483 dans la province de Ferghana, Zahir ad-Din Muhammad, surnommé Babur, est élevé dans une ambiance cultivée et raffinée. Sa langue maternelle est le turc et il parle le persan, la langue culturelle des Timourides. Il connaît l’histoire, la théologie, le droit, la zoologie et la botanique. Il est également musicien, amateur de peinture, d’architecture et de danse, et il aime surtout la nature, dont les fleurs et les jardins », précise Jean-paul Roux dans Histoire des Grands Moghols, Babur (Fayard, 1986). Grand conquérant, il devient le maître de Kandahar, puis le seigneur de Kaboul, avant de prendre Lahore, Delhi et Agra, puis Lucknow et Benarès. Il occupe le Bihar et impose sa loi au Bengale. Il règne en maître sur toute l’Inde du Nord. Enterré à Kaboul, il est écrit sur sa tombe : « Il conquit l’empire des âmes et le monde des corps comme la lumière du matin et s’en alla au ciel ».

Son fils Humayun, né en Afghanistan en 1508, règne jusqu’en 1556. Tout en affrontant de nombreuses révoltes, il encourage, comme son père, les lettres et l’art du livre. Amateur d’art, de calligraphie et poète à ses heures, il continue cependant les conquêtes territoriales tout en étudiant l’astronomie, la géographie et les mathématiques. Il fonde la première école de peinture moghole, qui va rayonner, plus tard, de toute sa splendeur. Si le style perse domine au départ, elle aura sa propre signature au fil des années.

Son fils Akbar, né aux confins du désert de Thar, accède au trône à la mort de son père à l’âge de treize ans en 1556. Il y reste jusqu’en 1605. Musulman sunnite, guerrier accompli et grand mécène des arts, il apprécie la danse, le chant et la musique ainsi que les combats d’éléphants, l’un de ses divertissements préférés. Il montre également à l’égard de toutes les religions la même estime et fait de la liberté de culte la pierre angulaire de sa politique. Il abolit l’impôt sur les non-musulmans pour faciliter ses rapports avec les Hindous, tente d’interdire les mariages précoces ainsi que l’immolation de la veuve sur le bûcher généralement brûlées vives avec leurs défunts maris. « Il impose le persan comme langue officielle à la cour ayant pris conscience que la diversité des langues et des cultures étaient un facteur de division », précise Valérie Berinstain dans L’Inde impériale des Grands Moghols (Découvertes Gallimard, 1997). Plusieurs conquêtes permettent d’étendre encore son empire et de consolider les frontières déjà existantes. En 1600, son territoire s’étend de Kandahar à Chittagong (au Bengladesh actuel) et de Srinagar à une ligne alliant de Daman à Cuttack (en Inde). Jusqu’en 1572, Agra est le cœur de son empire. Il fait ensuite construire la ville de Fathepur Sikri qu’il abandonne pour Lahore, capitale jusqu’en 1638.

À son décès en 1605, Salim est couronné et prend le nom de Jahangir. Son règne s’achève à sa disparition en 1627. Grand esthète, il fait de la cour impériale un haut lieu de raffinement. Il impose Agra et Lahore comme villes impériales, et apprécie le Cachemire pour sa fraîcheur. Il est inhumé à Lahore où son épouse Noor Jahan, une maîtresse femme, lui a fait élever un mausolée.

Le prince Khurnam, surnommé Shah Jahan, monte sur le trône en 1628. Il est alors âgé de 36 ans. C’est sans doute sous son règne que la cour moghole connaît sa plus grande splendeur. Grand amateur d’arts décoratifs, de peinture et de joyaux, il fait édifier de 1628 à 1635 le célèbre « trône du paon » entièrement en or incrusté de pierres précieuses, qui va servir aux empereurs pendant près d’un siècle. C’est pour son épouse, Mumtaz Mahal, qu’il fait édifier le célèbre Taj Mahal (en Inde), lorsqu’elle disparaît.

De son vivant, ses enfants se disputent la succession et c’est finalement Aurangzeb qui lui succède en 1658. Il règne jusqu’en 1707, mais la vie change. Grand stratège, mais très religieux et menant une vie austère et pieuse, il essaie d’appliquer strictement les doctrines de l’islam sunnite, ce qui n’est pas du goût des non-musulmans qui se révoltent. Ayant connu plusieurs guerres, son empire en sort affaibli. Plusieurs souverains se succèdent par la suite mais, en 1858, c’est la fin d’un empire lorsque les Britanniques, ayant profité de discordances au sein des populations pour s’imposer en Inde et notamment de la révolte des cipayes en 1857, exilent le dernier souverain moghol, Bahadur Shah II, en Birmanie.

 

Leur héritage à Lahore

L’héritage des princes moghols à Lahore est multiple et si, à leur époque, la cité fortifiée était le centre social, culturel et économique de la ville, le fort symbolisait le centre politique.

Akbar, qui en fait sa capitale de 1584 à 1598, fait construire le très imposant fort. L’épouse de l’empereur Jahangir, Noor Jahan, fait bâtir un mausolée pour son époux dans les jardins des délices, dans le parc de Shahdara, de l’autre côté de la Ravi. Elle y est également enterrée avec son beau-frère Asaf Khan.

Shah Jahan dote la cité du Palais des miroirs (Shish Mahal), de la mosquée Moti et des seconds jardins de Shalimar (les premiers étant situés à Srinagar, dans le Jammu-et-Cachemire en Inde), inaugurés en 1642. Les empereurs moghols ont toujours favorisé toutes les formes artistiques avec un style mêlant les influences perses, timourides et indiennes. Profondément amoureux des jardins, leur conception paysagère n’est pas anodine : elle est dotée d’une dimension spirituelle très importante, c’est l’évocation du paradis terrestre. Souvent de forme carrée ou rectangulaire, ils sont entourés d’une haute muraille percée de quatre portes. Un canal central traverse le jardin et alimente plusieurs fontaines et canaux latéraux. Au centre, se trouve une terrasse sur laquelle le souverain prenait place lors des spectacles ou de la réception d’hôtes de marque. Les jardins fourmillent d’arbres fruitiers, qui indiquent le renouveau et la fertilité, de cyprès, symbolisant l’éternité et de fleurs, comme des jonquilles et des narcisses.

De son côté, Aurangzeb fait édifier la mosquée Badshahi et la porte Alamgiri, par laquelle il « rejoignait la mosquée dans son palanquin, un de ses fils est derrière lui à cheval, et tous les princes et officiers de sa maison à pied », précise Jean-Baptiste Tavernier dans Les voyages en Orient du Baron d’Aubonne, 1605-1689 (Favre, 2005). Des merveilles !

Et pour ceux que l’architecture moghole fascine, comme c’est mon cas, continuez votre chemin vers Sheikhupura, à quelque 35 kilomètres de Lahore, et visitez le Hiran Minar, une ancienne réserve de chasse princière, édifiée par Jahangir en 1616 à la mémoire de son daim préféré. Arrêtez-vous dans la ville de Bhera, sur les bords de la rivière Jhelum dans le Pendjab, pour visiter la mosquée Sher Shah, ainsi qu’à Thatta, dans la province du Sind, pour faire un détour par la magnifique mosquée Jamia, construite par Shah Jahan en 1647, et visiter la nécropole de Makli, l’un des plus grands cimetières du monde. Sans oublier les jardins Bagh-i Wah, situés à Hasan Abdal, non loin d’Islamabad et du monastère bouddhiste de Taxila. Et à Peshawar, la mosquée moghole de Mahabat Khan, communément appelée « Masjid Muhabbat Khan », vous attend.

 

Les Français à la cour des Grands Moghols

Si nous pensions n’avoir aucun lien, en tant que Français, avec le Pakistan d’aujourd’hui et l’empire des Indes d’hier, détrompons-nous. Au XVIIe siècle, ceux qui voyagent en Inde sont essentiellement des marchands, portugais, anglais, hollandais et français. C’est effectivement les débuts de l’East India Company (1599) et de la Compagnie royale des Indes orientales (1664) fondée par Colbert avec l’appui de Louis XIV, qui souhaitaient, toutes deux, développer le commerce des épices et des pierres précieuses. Les ambassadeurs de France et les mercenaires prennent le même chemin ainsi que les missionnaires, notamment les Jésuites et les Capucins. Puis viennent les aventuriers et les savants, dont les médecins. C’est dans ce contexte de l’époque, au temps de l’Empire moghol, que plusieurs de nos compatriotes ont rejoint leur cour.

C’est notamment le cas d’Augustin Hiriart, joaillier de Bordeaux et ingénieur militaire. Il arrive à Lahore en 1612 et exerce ses talents à la cour de Jahangir, dont il gagne la confiance. Quelques années plus tard, il est promu au grade de capitaine d’un escadron de 200 cavaliers et devient à la fois ingénieur et artilleur. En récompense de ses services, l’empereur lui confère le titre d’Inventeur des arts.

Puis de François Bernier (1620-1688), médecin et philosophe, qui y a passé huit années de sa vie. Cependant, rien ne le prédestinait à cette vie d’aventures. Né à Valanjou en Maine-et-Loire dans une famille de cultivateurs, il devient très vite orphelin et est confié à son oncle, un curé, qui lui permet de faire de très bonnes études avant d’être envoyé à Paris pour intégrer le lycée Louis le Grand. Il suit les cours publics de l’abbé Pierre Gassendi et est nommé en 1645 professeur de mathématiques au Collège de France. Il devient également répétiteur de philosophie. Trois ans plus tard, il a l’occasion de faire partie de la suite de l’ambassadeur extraordinaire pour le roi de Pologne, le vicomte d’Arpajon, et voyage en Pologne, en Allemagne et en Suisse. De retour en France, il rejoint son mentor Gassendi en Provence et s’initie aux sciences naturelles, à l’anatomie et à la physiologie, ainsi qu’à la médecine à Montpellier. Au décès de son maître à penser et poussé par l’esprit d’aventure, il entreprend un long voyage au Levant (Syrie, Palestine, Egypte). De là, il traverse la Mer rouge, arrive à Djedda où il s’embarque pour les Indes où il arrive vers 1660. Cependant, c’est une période trouble pour les Moghols pendant laquelle les guerres de succession font rage entre les fils de Shah Jahan, dont Aurangzeb sort vainqueur en devenant empereur. François Bernier, à la fois médecin particulier du fils de Shah Jahan et enseignant dans des domaines tels que l’astronomie, la physique, l’anatomie et la chimie, devient alors un témoin précieux sur la vie à la cour, les intrigues, les pratiques religieuses et l’organisation politique ainsi qu’économique et qui font l’objet d’un livre, Voyages dans les États du Grand Moghol, à son retour en France en 1669. Son chemin va également croiser celui de Saint-Jacques de la Palisse, médecin du Grand Moghol, resté en Inde de 1648 à 1688 et d’un Italien, Niccolo Manucci (1638-1715), aventurier, agent diplomatique et négociant ayant des notions médicinales, qui va publier Un Vénitien chez les Moghols en 1705. Mais le rôle de François Bernier ne s’arrête pas là. Il fait découvrir l’Inde à son grand ami Jean de La Fontaine (1621-1695), qui deviendra d’ailleurs la source de certaines de ses fables, dont Le Songe d’un habitant du Mogol, sans pour autant y avoir été. Et, plus tard, le baron Félix Feuillet de Conches (1798-1887), amateur d’art passionné de La Fontaine, fait appel aux meilleurs artistes de son temps pour illustrer, tendance très à la mode à cette époque, les fables de La Fontaine dans les pays du monde entier. Et son chemin va croiser, à distance seulement, celui d’un artiste du Pendjab, Imam Bakhsh Lahori, auteur des précieuses miniatures du livre La Fontaine illustré.

Sans oublier le voyageur Jean-Baptiste Tavernier (1605-1689). Après avoir découvert l’Italie, la Suisse, l’Allemagne, la Pologne et la Hongrie, il est désireux d’aller plus loin et de se rendre en Orient. Après Constantinople et Erevan, il pousse son aventure jusqu’à Ispahan, Bagdad et Alep. Mais ce voyageur infatigable veut aller encore plus loin : son objectif l’Inde qu’il découvre vers 1638. Ses visites à la cour du Grand Moghol et aux mines de diamant font de lui un négociant de marchandises précieuses avec de riches princes orientaux et lui donnent une réputation internationale, que le roi Louis XIV reconnaît en lui décernant des lettres de noblesse en 1669. Il publie ses récits de voyages dans lesquels Montesquieu aurait largement puisé pour ses Lettres persanes.

 

Les Français et les Sikhs

Plus tardivement, d’autres Français rejoignent les maharadjas sikhs, notamment le général Jean-François Allard (1785-1839), officier de Napoléon. Dès 1822, Ranjit Singh (1780-1839) surnommé le « lion du Pendjab », qui dirige la province de 1799 à 1839, lui confie ainsi qu’à Jean-Baptiste Ventura, son compagnon de route, le soin de former et de commander un corps de troupes d’élite sur le modèle français. Allard crée ainsi une première brigade connue sous le nom de French Legion par les services de renseignement britannique. Se joignent à eux Claude-Auguste Court et Paolo Avitabile, deux anciens frères d’armes. Le quartier général de ces brigades est à Lahore où le Maharajah les répartit tout autour de la ville. À son retour en France en 1834 avec son épouse, une princesse hindoue, le gouvernement français décide d’officialiser sa présence dans le Pendjab en nommant Jean-François Allard agent de la France à Lahore. Il décède à Peshawar en 1839 et sa tombe, située à Lahore dans le jardin de sa résidence à Anarkali, peut toujours être visitée. Il y repose aux côtés de sa fille aînée, Marie-Charlotte.

Sa route a aussi croisé celle d’un naturaliste et explorateur français, Victor Jacquemont (1801-1832), ami de Stendhal et de Prosper Mérimée. Après avoir exploré l’Amérique et Haïti, il prépare une mission scientifique en Inde. Il parcourt l’Himalaya, la Tartarie chinoise, le royaume du Ladakh et passe dans le Pendjab, à Lahore, où il est accueilli par le roi Ranjit Singh. Son livre Correspondance de Victor Jacquemont, avec sa famille, pendant son voyage dans l’Inde 1828-1832 fournit de multiples informations géologiques, géographiques, météorologiques, botaniques et zoologiques, ainsi que de nombreux détails sur les mœurs, les institutions et les langues des pays visités.

 

Lahore de nos jours

Après le règne du maharajah sikh Ranjit Singh, qui a pris la ville en 1799 et en a fait sa capitale, les Britanniques s’en emparent en 1849. Durant leur présence, qui va durer pratiquement un siècle (jusqu’en 1947), les Anglais développent une architecture coloniale mêlant les styles moghol, gothique et victorien. Sous leur contrôle, Ganga Ram (1851-1927), ingénieur parfois considéré comme le père du Lahore moderne, donne à la ville un autre visage. Les constructions s’enchaînent : le Musée de Lahore, situé sur le Mall, l’avenue qui traverse la ville, la Cour suprême, le Government College University, le National College of Arts, le Montgomery Hall… et bien d’autres encore.

Lahore joue un rôle important pour les mouvements de l’indépendance aussi bien pakistanais qu’indiens. En 1929, la session du Congrès national indien s’y déroule et, onze ans plus tard, lors de la plus grande rencontre de la All Muslim League, les musulmans, dirigés par Muhammad Ali Jinnah, évoquent, dans un document connu sous le nom de « Résolution Pakistan » ou encore de « Résolution de Lahore » pour la première fois la théorie des deux Nations que sont le Pakistan et l’Inde. Cependant, en 1947, Lahore est victime de la partition. De nombreuses émeutes éclatent entre les musulmans, hindous et sikhs, entraînant de nombreux morts ainsi que des dommages architecturaux notamment au fort de Lahore, à la mosquée Badshahi et dans certains bâtiments coloniaux.

Aujourd’hui, nous pouvons dire qu’il existe trois villes en une : la vieille ville, la ville britannique et la ville moderne en plein développement. Lahore a connu dans son histoire de multiples influences culturelles (perses, hindoues, musulmanes, sikhes et britanniques) encore visibles de nos jours. Seconde plus grande cité du pays après Karachi avec quelque dix millions d’habitants, elle reste bien souvent assimilée au cœur culturel du Pakistan car c’est le centre des arts, des films, des festivals, de la mode et des intellectuels. L’apport de la ville à l’économie nationale avoisine les 13 % et sa bourse est la deuxième du pays après la capitale du Sind, Karachi. Les principales industries sont l’automobile et les deux-roues, les appareils ménagers, les télécommunications, l’acier, les technologies de l’information, les produits chimiques et pharmaceutiques, les matériaux de construction et l’ingénierie. 42 % de sa population active travaille dans les finances, les banques, l’immobilier, les services sociaux et la culture. L’éducation y est d’un haut niveau grâce à ses universités réputées ainsi que ses écoles de mode et de musique avec le Qawwalî, qui exprime une dévotion islamique soufie.

Lors de votre visite, ne manquez pas de visiter le Musée de Lahore, ouvert en 1894, et les studios de Lollywood, dont les affiches vous surprendront par leur côté à la fois sanguinaire et sexy. Le marché animé d’Anarkali mérite que l’on s’y attarde, notamment le Secrétariat civil du Pendjab, où vous pourrez consulter de nombreuses archives, livres, cartes anciennes et registres de la ville. Faites un détour par le tombeau du saint patron de Lahore Data Ganj Bakhsh, l’un des plus grands centres spirituels du Pendjab. Arrêtez-vous devant le canon Zamzama sur lequel le jeune garçon de Kim de Rudyard Kipling est juché au début du roman. Dans la cité fortifiée, rendez-vous à la mosquée Wazir Khan, une splendeur de mosaïques aux couleurs raffinées. C’est la plus ancienne de Lahore perdue dans les dédales de la vieille ville. Dans la cohue qui l’entoure, vous arriverez, après avoir monté quelques marches, dans un havre de paix, où règnent calme et sérénité. N’oubliez pas de vous rendre sur la tombe de Mohamed Iqbal (1877-1938), qui reste l’un des poètes et philosophe les plus influents du vingtième siècle, tout en étant considéré comme le père spirituel du Pakistan. Allez ensuite dîner dans la « street food » où les effluves d’épices vous montent à la tête et où vous pourrez déguster une délicieuse cuisine locale. Et, enfin, promenez-vous dans les nombreux parcs de Lahore, surnommée la « cité des jardins ».

Mais ne quittez surtout pas la ville, sans être passé par Cooco’s Den, le restaurant d’Iqbal Hussain, professeur d’arts plastiques, fils de courtisane et peintre de talent longtemps controversé. Du toit de l’immeuble, vous apercevrez, en dehors de la magnifique mosquée Badshahi et du fort de Lahore, le quartier d’Hira Mandi, le fruit défendu de Lahore.

 

Hira Mandi : le quartier où la femme est reine

Le quartier impudique d’Hira Mandi, le « marché aux diamants » ou « quartier rouge », est un lieu où une société matriarcale règne, où la femme est reine. Ici, ce sont elles qui détiennent le pouvoir, gagnent leur vie, gèrent leurs propres affaires. C’est le royaume de la prostitution, interdite au Pakistan.

Durant l’âge d’or de ce quartier, des courtisanes y étaient formées. Elles étaient respectées, considérées comme des artistes et savaient danser, chanter, lire et écrire. Elles commençaient leur apprentissage vers l’âge de sept ans et se produisaient à partir de 14 ans. Elles formaient une élite surtout sous l’Empire moghol où les arts de la scène étaient une tradition. « Les clients venaient de l’aristocratie terrienne du Pendjab et de l’élite culturelle », précise Louise Brown dans son livre Les danseuses de Lahore (Albin Michel, 2006). « Aujourd’hui, les clients demandent des relations sexuelles et moins de danses », ajoute-t-elle. Mais le quartier défendu vaut le détour. Ruelles sombres, maisons de thé, échoppes, lumière feutrée, restaurants… les journées y sont très animées et les soirées réservées.

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KARACHI : LE BERCEAU DE FATIMA JINNAH, LA « MÈRE DE LA NATION »

Posté par delphineevmoon le 21 janvier 2012

La capitale régionale du Sind (bordée à l’est par le désert de Thar, à l’ouest par la chaîne des monts Kirthar et traversée par l’Indus de part en part, la région donne au sud sur la mer d’Oman), Karachi, est la plus grande ville du pays avec quelque 18 millions d’habitants et un taux de croissance annuel estimé à 6 %. Elle n’est cependant pas ma préférée. Je la trouve moins attachante que Lahore ou Peshawar plus proches, à mes yeux, de l’idée que l’on peut se faire du Pakistan. Cette mégapole, qui devrait devenir l’une des quatre plus grandes villes du monde d’ici à 2020, offre cependant une diversité très intéressante aussi bien humaine qu’architecturale. Essentiellement ville d’affaires, elle cache malgré tout quelques trésors culturels, avec notamment une pléthore de galeries d’art, sans pour autant pouvoir rivaliser avec la capitale du Pendjab, des artistes classiques ou déjantés, un festival littéraire et plusieurs maisons d’édition, dont la célèbre Oxford University Press, et magazines pakistanais y ont leur siège. Fascinante, déroutante et effrayante, j’avais l’impression en me rendant à Karachi de braver tous les interdits tant sa réputation de dangerosité n’est plus à faire à travers le monde. Tradition et modernité sont au coude à coude. Flamboyance et misère se côtoient. Grandeur et décadence, en référence au livre d’Evelyn Waugh sur la société britannique des années vingt, aussi.

Quand les Britanniques ont fondé le premier port colonial de mouillage de l’empire des Indes en 1839, la ville n’était qu’une bourgade de pêcheurs (14 000 habitants). Le gouverneur de l’époque, Sir Charles David Napier, décide alors de doter Karachi d’infrastructures portuaires modernes afin d’en faire un point de transit entre le Golfe persique et l‘Inde. « La modernisation de son port permet rapidement d’accueillir des navires en provenance de Chine et d’Inde ou encore de Mascate, située non loin », précise Laurent Gayer dans Karachi : violences et globalisation dans une ville-monde (Raisons politiques, 3/2004, n°15). « La connexion du Sind au Pendjab par voie ferrée facilite encore davantage l’acheminement du blé et du coton en provenance de cette région vers son port », ajoute-t-il.

La ville devient en 1947 la première capitale du tout nouvel État pakistanais (elle perd ce privilège en 1959 au profit de Rawalpindi) et ne compte, à cette époque, guère plus de 450 000 âmes. Ville cosmopolite surnommée « la mère des immigrés », elle a subi plusieurs grandes vagues d’arrivées, la plus importante lors de la Partition entre le Pakistan et l’Inde (environ 825 000 réfugiés indo-musulmans) puis dans les années soixante-dix celles d’Afghanistan, d’Iran et du Bangladesh (quelque 500 000). Iraniens, Afghans, Bengalis, Indiens, Philippins, Birmans, Sri Lankais et Pakistanais de toutes les provinces s’y retrouvent. Chrétiens, chiites, sunnites, sikhs et hindous cohabitent tant bien que mal. Tous les milieux sociaux s’y côtoient : quartiers chics, où la bourgeoisie et la jeunesse dorée organisent des soirées dignes de celles des plus grandes capitales occidentales, ghettos où vivent de nombreux migrants en quête d’un avenir meilleur et zones industrielles. Ville de paradoxes en perpétuel mouvement et en chantier permanent, l’architecture y est variée : immeubles coloniaux, tours de verre et bidonvilles se frôlent dans une étrange harmonie, et il n’est pas rare de croiser à un même carrefour, voitures de luxe, rickshaws, motos, autobus hauts en couleurs, charrettes et chameaux. Ville coloniale plutôt qu’islamique, aucune mosquée n’a constitué un rôle de développement pour la cité, ce qui est souvent le cas, et la ville moderne a tendance à dominer la plus traditionnelle. Alain Dugrand, auteur des Cendres de l’Empire – Voyages du Caucase en Indus (Hoëbeke, 2006), la décrit ainsi : «  Ce n’est pas une cité, mais des morceaux de ville, un puzzle en vrac, fiché de tours singapouriennes, de quartiers chics, très empire des Indes, de blocs de résidences hindouisantes… ».

Poumon économique et financier qui concentre environ 70 % de l’économie du pays et principal port, l’idée seule de son nom fait généralement trembler les Occidentaux car trop souvent synonyme dans les médias d’attentats et de terrorisme. Elle est même classée par les Américains comme l’une des villes les plus dangereuses du monde. La mégapole est touchée par la criminalité comme toutes les capitales du monde et elle connaît également des conflits ethniques (notamment entre chiites et sunnites ainsi qu’entre Mohajirs – réfugiés arrivés de l’Inde pendant la Partition – et Sindis ou Pathans). C’est ici même que Daniel Pearl, journaliste américain correspondant du Wall Street Journal, est enlevé en janvier 2002 et que son corps décapité est retrouvé quelques mois plus tard. C’est ici aussi, en mai de la même année, que nous avons perdu, dans un attentat-suicide, onze ingénieurs français des Constructions navales de Cherbourg. Et c’est toujours là qu’en octobre 2007, alors que Benazir Bhutto (née à Karachi mais dont le fief familial se situe à Larkana plus au nord) rentre au Pakistan après neuf années d’exil qu’un attentat la visant fait près de 150 morts, l’un des plus meurtriers du pays. Mais comme le dit si bien Michel Boivin, chargé de recherches au CNRS/CEIAS, dans Karachi, « mère des immigrés » : business, violence et politique identitaire (Hérodote, Géopolitique du Pakistan, 2010) : « Loin de nier l’importance de la violence, il est nécessaire de restituer la place qui lui revient dans l’évolution tumultueuse de cette cité peuplée de plus de 18 millions d’habitants ».

Pour me parler de l’histoire des femmes pakistanaises, je choisis de rencontrer une amie, Nilofer, qui me donne rendez-vous chez elle, dans un quartier chic de Karachi. Féministe très active, elle me dit d’emblée, en m’offrant un thé au lait à la manière locale, soit très fort, très sucré et très parfumé de multiples épices comme la cardamome, la cannelle et les clous de girofle, que le symbole de l’émancipation des femmes au Pakistan est Fatima Jinnah, née à Karachi et sœur du père fondateur du Pakistan, Quaid-e-Azam (Grand leader) Muhammad Ali Jinnah (1876-1948), dont on peut visiter le mausolée de marbre blanc en centre-ville.

 

Fatima Jinnah, la « mère de la Nation »

Fatima Jinnah, populairement appelée la « mère de la Nation », est née à Karachi le 30 juillet 1893 dans une famille de sept enfants. Elle intègre l’université dentaire de Calcutta en 1919 (époque de l’Inde britannique) d’où elle sort diplômée en 1923, date à laquelle elle ouvre une clinique, ce qui était, à cette époque, mal vu de la part d’une femme venant d’une famille musulmane. Cependant, elle peut compter sur le soutien sans faille de son frère. Au décès de sa belle-sœur, elle arrête son activité pour rejoindre Muhammad et sa nièce. En 1947, lors de la création du Pakistan, elle fonde le Women’s Relief Committee (comité de soutien aux immigrantes nouvellement arrivées). Elle ouvre également une aile féminine de la Muslim League, le parti politique de son frère. Ce dernier a d’ailleurs dit un jour : « Ma dette envers ma sœur est double, pour m’avoir permis de mener à bien mon œuvre et pour avoir libéré les femmes du Pakistan ». L’émancipation des femmes devient son combat permanent et sa priorité, mais pas la seule. Elle joue également un rôle important dans l’intégration des Mohajirs au sein de ce nouvel État. Elle se lance aussi dans la course présidentielle en 1965 en tant que candidate pour le Combined Opposition Party of Pakistan, mais c’est finalement Ayub Khan qui la remporte. Elle décède à Karachi le 8 juillet 1967 officiellement d’une crise cardiaque, mais des rumeurs persistent sur le fait qu’elle aurait été assassinée. De nos jours, de nombreuses rues, écoles et parcs portent son nom. Elle reste toujours un symbole et une inspiration pour les Pakistanaises d’aujourd’hui.

Si Fatima Jinnah s’est battue pour l’émancipation des femmes, elle n’est pas la seule. À la même époque, la Begum Rana Liaquat Ali Khan, née en Inde en 1905 et épouse du Premier ministre Nawabzada Liaquat Ali Khan assassiné en 1951, a fait des droits de la femme sa croisade (rappelons que Bégum, titre de noblesse dans l’Inde des Grands Moghols au XVIIe siècle, est devenu par la suite un titre de courtoisie). « La contribution de Fatima Jinnah au développement social a été légèrement ignorée. Elle a été cachée par son rôle politique en dépit du fait qu’avec la Bégum Rana Liaquat Ali Khan elle a apporté la plus grande contribution à l’éveil des femmes et à leur participation aux affaires nationales », disent certains. Le Women’s Voluntary Service qu’elle crée en 1947 connaît un grand succès. Il a pour charge de soigner physiquement et moralement les réfugiés qui affluent à la frontière transportant dans leurs bagages choléra et maladies diverses. Elle demande à des volontaires féminines de collecter de la nourriture et des médicaments auprès des bureaux gouvernementaux. Cela est fait en dépit des critiques virulentes de certaines classes sociales et de plusieurs médias qui écrivent que « les femmes n’ont pas à sortir de chez elles » et qui l’accusent personnellement de « diriger l’égarement des femmes musulmanes ». Suite au premier conflit avec l’Inde (1947-1948), la Bégum, affirmant que si le Pakistan venait à être attaqué les femmes devaient se préparer à le défendre jusqu’au bout, forme deux corps de bataillons féminins – la Pakistan Women’s National Guard et la Pakistan Women’s Naval Reserve, placés respectivement sous l’administration de l’armée de terre et de la marine. Promue général de brigade, elle est en charge de leur supervision. « En dépit de ses 2 400 recrues et de ses différentes branches dans l’ensemble des provinces, cette expérience est de courte durée », précise Christèle Dedebant dans Le voile et la bannière, l’avant-garde féministe au Pakistan (CNRS Éditions, 2003).

La Bégum fonde aussi la All Pakistan Women’s Association (APWA) en 1949, sous le haut patronage de Fatima Jinnah, dont les deux piliers sont l’éducation et l’assistance aux démunis. Elle reste persuadée que pour vivre dans une société juste les femmes doivent jouer un rôle pour la réformer aux côtés des hommes, et que l’éducation et l’indépendance économique sont les deux facteurs les plus importants pour contribuer à la reconnaissance et au respect des droits des femmes. En tant que fondatrice de l’APWA dont la devise pourrait être « vous éduquez une femme, vous éduquez une famille », elle joue un rôle de pionnière dans l’avancement du rôle de la femme en politique, dans l’éducation et l’économie. Des écoles et des collèges sont ouverts. Rapidement, l’APWA devient l’instrument essentiel de la bataille pour l’émancipation des femmes pakistanaises. Dans le domaine de l’éducation, elle fonde le Rana Liaquat Ali Khan College of Home Economics à Karachi, Lahore et Dhaka (au Bangladesh appelé Pakistan oriental de 1955 à 1971, date de son indépendance) et dans le secteur économique le Business and Professional Women’s Club et l’International Women’s Club. Mais son engagement ne s’arrête pas là. La Bégum devient la première musulmane déléguée aux Nations unies en 1952 et la première ambassadrice du Pakistan aux Pays-Bas, en Italie et en Russie. De 1973 à 1976, elle est élue gouverneur du Sind, encore la première femme pakistanaise à obtenir un tel poste. En reconnaissance de ses efforts, elle reçoit, entre autres, le prix des Nations unies pour les droits de l’homme en 1978. Et, même âgée, elle s’attaque publiquement à l’homme alors le plus puissant du pays, le général Zia ul-Haq, en lui faisant remarquer qu’en imposant les lois islamiques, il s’attaque clairement aux droits des femmes. Elle décède en 1990 et est enterrée auprès de son mari à Karachi.

 

Les hommes mènent la danse…

Contrairement à ce que l’on peut croire, au tournant des XIXe et XXe siècles, quelques hommes, toujours peu nombreux aujourd’hui, se sont engagés dans la mise en valeur des femmes comme Sayyid Mumtaz Ali (1860-1935). En 1898, il publie Les droits de la femme, ouvrage dit révolutionnaire car il y montre que d’après le Coran et le Hadith, les hommes et les femmes sont égaux et que la supériorité réclamée par la gente masculine n’est en fait qu’un fruit socioculturel, discours que toutes les oreilles ne sont pas prêtes à entendre. Il ajoute que les hommes et les femmes sont tous des êtres humains et que même si l’homme est plus fort physiquement, cela ne lui donne pas le droit de régner en maître. « Un âne peut porter un poids plus lourd que l’homme, cela signifie-t-il que l’âne est supérieur à l’homme », ajoute-t-il. Il y prône également la même éducation pour tous. Ardent défenseur de la cause féminine et surnommé à juste titre « Le guide des femmes », il entreprend la même année, avec son épouse, la Bégum Muhammadi, la publication d’un célèbre hebdomadaire féminin de Lahore La culture des femmes (Tahzib un-Niswan), dont l’édition en ourdou va se prolonger jusque dans les années cinquante. Y sont abordés des sujets comme les nécessités de l’éducation féminine, les droits de la femme dans l’islam, des conseils domestiques, des annonces de réunions féminines et il s’en sert également pour lancer des appels de fonds pour permettre l’ouverture d’écoles pour filles. Une révolution à cette époque !

En 1944, Muhammad Ali Jinnah, connu pour son attitude positive envers les femmes, déclare dans un discours : « Aucune Nation ne peut atteindre son apogée sans que les femmes et les hommes ne soient côte à côte. C’est un crime contre l’humanité que nos femmes soient prisonnières entre les quatre murs de leurs maisons. Il n’existe aucune sanction pour les conditions déplorables dans lesquelles nos femmes doivent vivre ». Elles obtiennent ainsi le droit de vote en 1947.

Après l’indépendance, l’élite des Pakistanaises prône l’accès à la politique des femmes et travaille à l’élimination des injustices sociales. Dans les années 50-70, de nombreuses associations voient le jour, dont l’United Front for Women’s Right (fondé par la Bégum Jahanara Shahnawaz, militante pour les réformes sociales, les droits des femmes et les lois concernant la famille) et la Democratic Women’s Association (créée par Tahira Mazhar Ali Khan, une ardente défenderesse des droits de l’homme). Les activistes se battent pour que le gouvernement insère une Charte des droits de la femme dans la Constitution de 1956 (c’est dans cette dernière que le pays devient officiellement une République islamique) et elles obtiennent des sièges au Parlement. Mais des questions restent tout de même en suspens : les droits civils communs des démocraties occidentales sont-ils appropriés à une société islamique et de quelle manière peuvent-ils être conciliés ? Un débat qui va durer.

En 1961, le président Muhammad Ayub Khan réussit, dans le cadre du Muslim Family Laws Ordinance, à préserver les droits de la femme en autorisant le mariage des jeunes filles à 16 ans au lieu de 14 (ce que revendiquaient déjà les féministes dès 1914 au sein de la All-India Muslim Ladies Conference. Les membres avaient pour objectifs de promouvoir l’éducation des femmes, d’encourager la fondation d’écoles pour filles et d’animer des débats sur les réformes sociales), en limitant la polygamie (la première épouse doit donner son accord si son mari veut prendre une seconde femme), en introduisant la notion de divorce par consentement mutuel et le droit de répudiation est étendu à l’épouse. Sous le régime de Zulfiqar Ali Bhutto (1971-1977), une attitude libérale à la condition féminine voit le jour. Tous les secteurs du service public leur sont ouverts, le nombre de sièges réservés aux femmes augmente à l’Assemblée nationale et dans les assemblées provinciales, et elles sont encouragées à remplir des fonctions gouvernementales de haut niveau. L’égalité des sexes est garantie par la Constitution du Pakistan adoptée en 1973. Il est ainsi stipulé qu’il « ne doit y avoir aucune discrimination basée sur le genre seulement ». La Constitution offre également des protections sur le mariage, la famille, la mère et l’enfant, et l’assurance que les femmes peuvent participer à toutes les sphères économiques du pays. La création d’organisations féminines se multiplie. Mentionnons l’Aurat Foundation qui s’efforce, de 1976 à 1981, « d’apporter une conciliation entre les exigences religieuses et les contraintes de la vie moderne, tentant aussi de dégager les femmes de la mainmise des traditions tribales sans aucune justification d’ordre religieux », précise Annie Krieger-Krynicki, auteure de Zebunissa, princesse captive à la cour du Grand moghol (Mercure de France, 1990).

Mais le général Zia ul-Haq arrive au pouvoir en 1977 où il restera jusqu’en 1988. Au début de son régime, il met en place une Women’s Division au sein du gouvernement chargée de coordonner les programmes de développement consacrés aux femmes à l’échelle nationale et forme, en 1983, une Commission nationale sur le statut des femmes. Cependant, plein de contradictions, il est également à l’initiative d’un processus d’islamisation qui introduit une législation discriminatoire envers les femmes comme les Hudood Ordinances, décrets concernant l’adultère et le viol. Pour être plus précis, si une femme accuse un homme de viol et que cet acte ne peut pas être prouvé, elle est accusée d’adultère aux yeux du système judiciaire. Elle doit en effet en apporter la preuve avec au moins quatre témoignages visuels masculins de « bonne moralité », et non féminins qui ont peu de valeur aux yeux de la loi (avec la Law of Evidence, un témoignage féminin vaut moitié moins que celui d’un homme). Une femme et un homme non mariés peuvent également être condamnés pour avoir eu des relations sexuelles hors mariage. Le président interdit aussi les équipes sportives féminines, revendique des universités séparées et remet en avant le code moral du purdah (coutume obligeant une femme à se couvrir le visage et le corps devant les étrangers).

Le Women’s Action Forum : une figure de proue du militantisme féminin des années quatre-vingt

C’est à cette époque que plusieurs groupes féministes prennent de l’ampleur, dont le célèbre Women’s Action Forum (WAF). Créé en 1981 à Karachi (des antennes sont ensuite ouvertes à Lahore, à Islamabad, à Peshawar et à Hyderabad) pour répondre à ces nouvelles réglementations discriminatoires, le WAF, front féminin d’opposition et principale plate-forme militante, est composé de femmes venant majoritairement de familles appartenant à une certaine élite pakistanaise et à la classe moyenne. L’élément déclencheur de sa création est l’affaire Zina, une jeune fille de quinze ans condamnée à la flagellation pour avoir épousé un jeune homme d’une classe sociale inférieure à celle désirée par ses parents. S’en suivent des cas de femmes torturées pour leurs engagements politiques, des professeurs molestées, l’imposition de codes vestimentaires aux femmes travaillant dans le secteur public… Dix-sept femmes, à l’origine du WAF, se réunissent et, estimant que l’aide ne pouvant venir d’ailleurs, elles décident de se charger elles-mêmes de leur défense et de leur protection. Elles font alors savoir publiquement que les lois proposées par le gouvernement de Zia compromettent leur statut civil et engagent un véritable rapport de force avec l’État. Ce groupe joue un rôle essentiel dans la controverse concernant l’interprétation variée de la loi coranique et son rôle dans une société moderne. Elles sont sur tous les fronts : les discriminations faîtes aux femmes, leur exclusion des médias, des compétitions sportives et des activités culturelles, l’éducation, l’emploi, la sécurité, le choix du statut marital et de la grossesse, l’isolement. Elles organisent des manifestations, des campagnes d’information et des pétitions à l’échelle nationale. Elles soutiennent la réalisatrice indépendante Sabiha Sumar, qui met en avant dans son premier documentaire Who will cast the first stone ? la souffrance et l’oppression des femmes en prison sous le coup des Hudood Ordinances, une première à cette époque. En 1986, les membres du groupe et leurs supporters mènent un débat sur le passage de la Shariat Bill (loi basée sur la charia) en affirmant que cette dernière sape les principes fondamentaux de justice, de démocratie et des droits des citoyens. Les activistes ajoutent que cette loi a le potentiel pur et simple d’annuler les droits acquis par les femmes. En mai 1991, un compromis est adopté, mais le débat de savoir si la loi civile ou la loi islamique doit prévaloir au Pakistan ne s’arrête pas pour autant.

Asma Jahangir, l’une des fondatrices du WAF, militante convaincue et avocate, est une grande figure pakistanaise de la lutte pour les droits humains. Asma, surnommée en 1982 « petite héroïne » pour avoir organisé une manifestation contre la nouvelle législation du général Zia, a passé la majeure partie de sa carrière à se battre pour les droits des femmes, les minorités religieuses et les enfants. Sa volonté de défendre les victimes de viol, des femmes demandant le divorce à cause d’un mari abusif, des personnes accusées de blasphème (une personne parlant mal de l’islam ou agissant à son encontre peut être condamnée à la peine de mort), son travail sur l’exploitation des enfants dans le travail et ses critiques permanentes des partis politiques, notamment concernant la peine de mort (un travail est actuellement fait pour la commuer en condamnation à perpétuité), ont fait d’elle l’une des femmes les plus controversées du Pakistan. En 1980, Asma et sa sœur, Hina Jilani, également fervente militante, ont ouvert le premier cabinet d’avocats féminin dans le pays. Fondatrice de la Commission des droits de l’homme du Pakistan en 1987, Asma travaille aujourd’hui pour les Nations unies comme rapporteuse spéciale pour la liberté de religion et a remporté, en 2010, le prix Unesco-Bilbao pour la promotion d’une culture des droits de l’homme. À côté d’elles deux, quelques grands noms du féminisme pakistanais à l’origine du WAF sont à mentionner : Khawar Mumtaz (écrivain), Farida Shaheed (Shirkat Gah – Women’s Resource Centre), Anis Haroon (journaliste), Madeeha Gauhar (fondatrice d’un théâtre), Ghazala Rahman Rafiq (pédagogue) et Nageen Hyat (directrice de la Nomad Gallery).

Voit également le jour la All-Pakistan Women Lawyer’s Association, fondée en 1980 à Karachi. C’est un groupe de pression dont la vocation essentielle est de lutter contre toutes les lois discriminatoires pour les femmes. Créée à la base pour porter assistance aux femmes en détresse, l’association est gérée par des avocates et des volontaires. Sans oublier l’Aurat Publication and Information Service Foundation fondée à Lahore en 1986. Elle opère dans des domaines variés comme le rôle du management dans les institutions, la participation des femmes à toutes les échelles de la société civile et politique, et le développement de réseaux.

D’autres femmes, tout en étant militantes au sein de ses diverses associations, choisissent de s’exprimer par le biais de ce qu’elle maîtrisent le mieux, l’art, notamment la peinture et l’écriture. « Des mouvements de femmes artistes expriment la révolte, la colère ou les souffrances de leurs contemporaines, elles-mêmes ayant déjà eu de grandes difficultés à atteindre le statut d’artiste à part entière à égalité avec leurs homologues masculins », précise Annie Krieger-Krynicki. C’est le cas notamment de Salima Hashmi, Luban Agha et Nahid Raza. D’autres, comme Maki Kureshi, Shaheen Mufti, Perveen Shakir, Fahmida Riaz et Saeeda Gazdar, choisissent la poésie, partie intégrante de la culture pakistanaise, ou les romans, pour exprimer, en métaphores et avec pudeur, mais aussi avec révolte, la condition féminine, l’abandon, la dévalorisation de soi et la désillusion. De son côté, Madeeha Gauhar a choisi le théâtre. Ajoka, un théâtre de résistance, de paix et de tolérance, a été créé en 1984 sous le régime du général Zia. Sa mission : lutter pour une société laïque, démocratique et égalitaire. « Le théâtre se doit autant d’éduquer, de dénoncer, de contribuer à la promotion de la culture que de divertir. Il a son rôle à jouer dans la construction d’une société plus juste. » Les thèmes abordés dans ses pièces sont le soufisme, la corruption, la discrimination de la femme, l’étroitesse de l’esprit des mollahs et la loi sur le blasphème via la persécution des minorités religieuses… autant de sujets n’étant pas au goût de tous.

 

Le rôle des femmes dans la société pakistanaise : quels enjeux dans les années quatre-vingt-dix ?

Au début des années quatre-vingt-dix, les femmes pakistanaises sont toujours confrontées à plusieurs défis : accroître l’alphabétisation, avoir accès à l’emploi à tous les niveaux de l’économie, promouvoir et changer la perception du rôle et du statut de la femme dans la société, et gagner publiquement des voix au sein et en dehors du processus politique. Mais elles doivent avant tout récupérer leurs droits malmenés sous le régime du général Zia. Avec Benazir Bhutto (Premier ministre de 1988-1990 et de 1993-1996), le contexte évolue favorablement. Rappelons qu’elle est la première femme pakistanaise à occuper de telles fonctions dans un pays musulman. Elle met en avant, entre autres, pendant sa campagne, les discriminations faites envers les femmes, l’éducation féminine et prévoit de modifier les Hudood Ordinances (ce qui ne se fera pas). En 1989, elle transforme la Women’s Division en ministère à part entière (Ministry of Women’s Development). La même année, les portes de la First Women Bank s’ouvrent : une banque dirigée par des femmes et dont le principal objectif est d’en aider d’autres à créer une entreprise et à financer leurs projets, comme l’obtention de micro-crédits pour les personnes défavorisées. Entre-temps, le Programme d’action sociale, lancé en 1992/1993, tente de son côté de réduire la disparité entre les sexes en augmentant l’accès des services sociaux aux femmes. Et, lors du second mandat de Benazir Bhutto (assassinée en décembre 2007 près d’Islamabad), le Pakistan ratifie la convention des Nations unies sur l’élimination de toute discrimination des femmes (1996). En 1998, la première université féminine, appelée Fatima Jinnah Women University, est inaugurée à Rawalpindi. Avec le général Pervez Musharraf (1999-2008), plusieurs femmes occupent des fonctions ministérielles. Son gouvernement crée la National Commission on the Status of Women–Pakistan en 2000 pour s’occuper des problèmes socio-économiques féminins. Et il réussit, en 2006, à modifier les Hudood Ordinances en faisant passer le Women’s Protection Bill. L’acte de viol, par exemple, passe ainsi sous le coup du code pénal civil au lieu d’être jugé par la loi islamique. Fait qui entraîne des manifestations organisées par la ligne dure des chefs islamistes. Et, pour la première fois, des cadettes de l’Académie militaire sont autorisées à assumer des fonctions de gardes au mausolée de Muhammad Ali Jinnah à Karachi. En mars 2008, Fahmida Mirza, femme d’affaires et politicienne pakistanaise, devient la première femme élue présidente de l’Assemblée nationale du Pakistan. Le président Asif Ali Zardari (en fonction depuis septembre 2008) a fait passer, en 2010, un nouveau décret assurant aux femmes un environnement professionnel sécuritaire, sans harcèlement, abus ou  intimidation. Aujourd’hui, les femmes occupent 17 sièges sur 100 au Sénat et 60 sur 342 à l’Assemblée nationale.

 

La condition féminine de nos jours

Professionnellement, les femmes ne représentent, en 2008, que 19,9 % de la population active totale estimée à environ 46 millions de personnes âgées de quinze ans et plus, selon le ministère pakistanais du Travail et de la main d’œuvre. Même si ce taux a augmenté de 5,5 % depuis l’année 2000, il n’en reste pas moins qu’elles sont toujours quatre fois moins nombreuses que les hommes. Le secteur agricole est le plus large employeur féminin avec 73,8 %, l’industrie 12,2 % et les services 13,9 %. Le taux de chômage est plus important chez les femmes avec 8,7 % que chez les hommes (4 %) et varie selon l’urbanisation (17,5 %) ou la ruralité (7,1 %). Ces chiffres sont basés sur une population totale de 161 millions d’habitants en 2008, dont 78 millions de femmes. « Elles représentent environ 50 % de la population pakistanaise et jouent un rôle significatif dans le développement national, mais leur contribution doit encore être reconnue à tous les niveaux », précise l’Aurat Foundation. De son côté, Ammena Saiyid, première femme pakistanaise à diriger une multinationale de l’édition, l’Oxford University Press, depuis 1988, et pionnière dans son domaine, indique que « les Européens ont tendance à penser que les femmes pakistanaises sont toutes oppressées et n’ont aucun statut social. Ce n’est pas vrai. Sans parler de celle de la haute société, elles travaillent et celles de la classe moyenne sont non seulement de plus en plus éduquées, mais arrivent à acquérir une certaine indépendance économique. Cela leur laisse progressivement l’opportunité d’avoir le choix. ».

Les Pakistanaises ont toujours des combats à mener, comme la parité dans la vie active et vivre au quotidien. La disparité reste cependant importante dans un pays aussi vaste que la France et le Royaume-Uni réunis selon la religion, la classe sociale, les traditions, l’urbanisation (environ 36 % de la population vivent dans les villes en 2008) ou la ruralité. D’ailleurs, Nageen Hyat, fondatrice et directrice de la Nomad Gallery le dit très bien : « Aujourd’hui, les femmes se battent contre la pauvreté, le système régressif, la corruption, le manque d’accès à l’eau potable, la santé, l’éducation… Bref, elles luttent pour leur survie ». Et lors de la Journée internationale de la femme au pakistan en mars 2010, on pouvait lire sur les bannières des manifestantes : « La lutte des femmes continuera jusqu’à la fin de toutes les discriminations », « La fin des injustices économiques », « Pas de violence contre les femmes », « Les femmes veulent l’égalité des droits ».

La majorité des organisations féministes d’aujourd’hui, tout en gardant leurs principes des décennies précédentes, a cependant élargi son champ d’activité : elles investissent davantage dans la santé, l’éducation, l’alphabétisation et l’environnement. Elles aident également les femmes vivant dans les campagnes à apprendre la couture, la broderie et la poterie, et à vendre leurs produits qui génèrent ainsi quelques revenus (activités existant déjà dans les années 1950-1960 mais multipliées de nos jours). Plusieurs organisations non gouvernementales (ONG) voient le jour sous couvert de programmes bilatéraux financés par les gouvernements (Canada, Norvège, Pays-Bas, Allemands, Etats-Unis, Royaume-Uni…) et internationaux (Nations unies, UNICEF…). La lutte pour l’égalité des droits et l’aide juridique perdurent notamment grâce aux anciennes associations comme l’AGHS Legal Aid Cell (1980) et Shirkat Gah. Cette dernière a été créée dans la foulée de la première conférence mondiale sur le statut des femmes réunie à Mexico en 1975 où était présente la première dame du pakistan, coïncidant ainsi avec l’Année internationale de la femme, célébrée afin de rappeler à la communauté internationale que le problème de la discrimination à l’égard des femmes persistait presque partout dans le monde… Ces organisations plaident en faveur de l’éducation féminine, fustigent les pratiques effectuées au nom des coutumes et supervisent des micro-projets destinés à favoriser l’autonomie financière des femmes. Quant aux ONG militantes comme Struggle for Change (1994) et Bedari, elles offrent un encadrement juridique, médical et psychologique ainsi qu’une réhabilitation aux victimes de violences domestiques et sexuelles.

D’ailleurs, attardons-nous sur cette dernière. Bedari est fondée en 1991 par Fouzia Saeed, connue des réseaux activistes sociaux au Pakistan et qui travaille depuis des décennies sur les problèmes féminins comme la violence domestique, le harcèlement sexuel au travail, la prostitution et le trafic humain. Bedari, grâce à ses centres de crise basés essentiellement dans les milieux ruraux, apporte un soutien psychologique, légal et médical aux victimes féminines de tous âges (environ 1 000 par an), et aide à leur réhabilitation. « Souvent isolées, ayant peur de parler et ne sachant pas vers qui se tourner, elles tolèrent bien trop longtemps les injustices et les mauvais traitements aussi bien à la maison qu’au travail. La famille ne les soutient pas souvent bien que la situation s’améliore légèrement. Certaines femmes préfèrent rester avec leurs maris en dépit des sévices subis car être divorcée est très mal vue dans la société », précise Safeer Ullah Khan, directeur de la communication de Bedari. Ses activités se sont élargies depuis le début des années quatre-vingt-dix et incluent désormais l’éducation, l’autonomie financière et le développement de lois protégeant les droits des femmes. Des ateliers sont organisés pour les aider à prendre confiance en elles et pour leur apprendre à ne pas se sous-estimer. Bedari travaille également à la formation de ses employés, surtout masculins. « Dans un pays où la majorité des femmes vit quasiment dans des conditions d’apartheid, nous devons les sensibiliser aux droits des femmes et des jeunes filles car finalement la discrimination est tellement courante qu’ils finissent par penser qu’elle est naturelle », ajoute-t-il. L’ONG a également mis en place deux théâtres (un à Islamabad et l’autre à Chakwal dans le Pendjab), dont les pièces consistent à sensibiliser les spectateurs sur les thèmes récurrents que défend Bedari ainsi que sur la « talibanisation » et l’extrémisme religieux. L’association apporte également un soutien aux familles pour leur permettre d’envoyer leurs filles à l’école grâce à des dons privés. Ces dernières, qui n’ont pas vraiment eu d’enfance, sont, en effet, souvent sujette à travailler dès leur plus jeune âge (3,5 millions d’enfants de moins de quinze ans, garçons et filles confondus, travaillent selon la Commission des droits de l’homme du Pakistan), sont mariées à l’adolescence (58 % des filles vivant en milieu rural sont mariées avant l’âge de 20 ans), peuvent être victimes de violence et d’abus sexuel (durant les six premiers mois de 2009, 968 enfants de moins de 15 ans ont été abusés sexuellement, dont 683 filles), impliquant de nombreuses grossesses prématurées, une malnutrition potentielle faute de moyens financiers et des maladies infectieuses, notamment le Sida. D’ailleurs, Bedari HIV & AIDS a mis en place un numéro de téléphone gratuit depuis 2007 pour toute personne voulant rester anonyme mais désirant des informations. 21 500 appels ont été passés ces trois dernières années.

Comme nous avons pu le voir, la situation féminine au Pakistan offre un contraste non négligeable entre la jeune femme éduquée devenue styliste ou journaliste, la femme d’affaires émancipée, qui a étudié à l’étranger, et celle, souvent illettrée, qui subit encore le poids des traditions familiales et féodales allant parfois jusqu’au crime d’honneur. Mais selon Safeer Ullah Khan, il ne faut pas céder aux clichés. « On croit facilement que les personnes vivant en zone rurale sont souvent plus conservateurs que ceux des villes, mais c’est pourtant là que l’on peut voir des femmes non voilées qui travaillent dans les champs côte à côte avec leurs maris. Tandis que dans les classes moyennes en zone urbaine, elles portent le voile et seule une petite portion travaille. Mais il y a toujours des exceptions et celles qui ont accompli quelque chose en font partie ». D’ailleurs, certains chiffres confirment ses dires. Selon le ministère pakistanais du Travail et de la Main d’oeuvre, 90,3 % des femmes vivant dans des zones urbaines et âgées de plus de quinze ans sont inactives en 2008 (89,7 % en 2000) contre 71,7 % dans les milieux ruraux (80,9 % en 2000).

Maintenant, prenons quelques chiffres qui vont certainement nous effrayer mais que nous ne pouvons laisser de côté. Il faut cependant les garder dans leur contexte et ne pas oublier que la population globale du Pakistan avoisine les 170 millions d’habitants, même si le résultat final est terrifiant. En 2010, selon la Commission des droits de l’homme du Pakistan, 791 femmes ont été assassinées au nom de « l’honneur », 2 903 ont été violées (dont 2 581 uniquement dans le Pendjab), 719 se sont suicidées et 414 ont attenté à leur vie, De plus, 931 femmes croupissent actuellement dans les geôles pakistanaises. Les crimes d’honneur et les attaques à l’acide (que la loi ne punit pas) continuent de révolter, les pratiques ancestrales comme le mariage forcé des très jeunes filles aussi (en janvier 2009, par exemple, deux jeunes filles de respectivement treize et quatre ans ont été mariées de force à deux jeunes garçons de 18 et sept ans dans un village du Pendjab). La Commission des droits de l’homme du Pakistan précise que « les crimes d’honneur s’enracinent dans un ordre coutumier où la femme n’est qu’un objet, un bien, une monnaie d’échange au service des alliances stratégiques entre clans. Ce mécanisme réduit la femme à un instrument de règlement des litiges. Il faut sortir du silence et du déni ».

 

L’avenir du pays passe par les enfants d’aujourd’hui

N’oublions jamais que l’avenir d’un pays se joue avec les enfants et les jeunes d’aujourd’hui (en 2009, les moins de 18 ans représentent quelque 70 millions de Pakistanais, dont 20,80 millions ont moins de cinq ans), c’est pourquoi l’éducation est une priorité pour la fondation CARE, créée en 1988, qui voit en elle l’espoir de demain. Elle gère actuellement plus de 200 écoles et environ 135 000 élèves dans tout le pays. Seema Aziz, une femme d’affaires à l’origine de sa création, précise : « Je suis persuadée que l’analphabétisme est la source de nombreux problèmes dans notre pays. L’éducation pour tous a un rôle primordial à jouer dans le développement économique du pays, le désamorcement de la bombe que représente la surpopulation et l’avenir d’une démocratie réaliste et adaptée ». Mais si l’éducation reste une priorité pour certaines ONG, elle ne l’est pas forcément, dans les faits, pour le gouvernement, même si ce dernier a déclaré l’année 2011 comme étant celle de l’éducation. Le Pakistan ne consacré, en effet, que 1,8 % de son budget national à ce secteur. D’ailleurs, Shahnaz Wazir Ali, conseillère du Premier ministre, a déclaré dans un rapport réalisé par des parlementaires : « des millions d’enfants ne vont pas à l’école. Sept millions d’entre eux en âge d’être scolarisé en primaire n’y sont plus et trois millions n’y ont jamais mis les pieds. Le manque d’éducation nourrit les frustrations ; sans éducation, on ne trouve pas de travail, on n’a pas un salaire suffisant. Et le risque c’est de se retourner contre la société. Cela peut aussi se traduire par une radicalisation des esprits ».

En 2009, le Pakistan est classé au 141e rang sur 182 sur l’index du développement humain des Nations unies et les dépenses gouvernementales pour l’éducation s’élèvent à 2,3 % du produit intérieur brut pour 2009/2010. Selon le ministère de l’Éducation, 56 % des enfants inscrits à l’école sont des garçons contre 44 % de filles en 2008 et l’écart se grandit dans le secondaire avec 59 % de garçons contre 41 % de filles. 2 600 095 écoles sont en activité, dont 144 724 dans le secteur public. Il y a 135 garçons pour 100 filles dans le secteur public, contre 127 garçons pour 100 dans le privé. Le taux d’alphabétisme (personnes âgées de quinze ans et plus) est de 57 % en 2010, dont 69,3 % d’hommes et 44,7 % de femmes selon le Bureau fédéral des statistiques du Pakistan.

Certaines familles envoient leurs enfants à l’école et d’autres les exploitent pour faire rentrer de l’argent. Dans les classes les plus pauvres, les jeunes filles ayant accès à l’éducation rêvent d’une carrière, mais qu’en est-il du poids de la famille ? Même si les mères ont souvent entre cinq et neuf enfants, un mari pouvant être au chômage, faisant des menus travaux ou toxicomane, et être victimes de violences domestiques, elles restent très déterminées à gagner leur vie comme elles le peuvent et voudraient que leurs filles soient éduquées pour qu’au moins la situation de la nouvelle génération soit différente de la leur. Si une famille est pauvre et qu’elle doit envoyer un seul enfant à l’école faute de moyens, elle choisira le fils aîné tandis que les filles resteront à la maison pour aider dans les champs, par exemple. Deux raisons à cela : le fils éduqué trouvera un travail et s’occupera financièrement de sa famille alors qu’une fille aidera à la maison celle de son mari. Son éducation n’apporte aucun profit aux siens.

« Nous avons choisi de nous occuper des femmes et des jeunes filles car le niveau de violence et de discrimination, qui peut commencer dès la naissance, auquel elles sont confrontées est colossal. De plus, ce sont les mères qui sont responsables de l’éducation. Celles qui sont des esclaves ne peuvent pas donner naissance à un pays libre. Travailler sur les problèmes féminins d’aujourd’hui c’est travailler pour l’éducation de la prochaine génération », ajoute Safeer Ullah Khan de Bedari.

 

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Renseignement et opérations spéciales n°3

Posté par delphineevmoon le 30 octobre 2011

ARTICLE

Renseignement et opérations spéciales n°3

Éditions L’Harmattan, 2000

9782738486325175.jpgAu sommaire de ce numéro : interview du général Khin Nyunt, Premier secrétaire du gouvernement et directeur des services de renseignement de Birmanie, Delphine Evmoon ; Les opérations secrètes de Guillaume le Conquérant pour la conquête de l’Angleterre (1066), Jean Deuve ; La guerre psychologique nazie (1939-1945), Marie-Catherine et Paul Villatoux ; De Gaulle, le renseignement et l’action en Indochine (1943-1945), Fabienne Mercier…

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Les femmes photographes au XXe siècle : des pionnières

Posté par delphineevmoon le 8 juin 2010

Plusieurs femmes photographes ont marqué le XXe siècle par leur professionnalisme, leur talent, leur art, leur innovation, leur engagement, leur courage, leur liberté et leur combat pour la condition féminine. Elles ont été avant-gardistes et pionnières sur tous les fronts. Elles sont devenues des symboles pour d’autres générations.

C’est notamment le cas de l’Américaine Margaret Bourke-White (1904-1971). Photographe de presse pour les célèbres magazines Fortune et Life, et réputée pour ses reportages industriels, elle a voyagé en ex-URSS, en Italie et en Afrique du Nord comme correspondante de guerre, suivi le général Patton dans l’Allemagne vaincue et rencontré Gandhi en Inde. Diane Arbus (1923-1971), une Américaine, en est une autre. Elle a concentré ses activités sur New York et ses environs, photographié ceux que la majorité des gens évite de regarder, et vécu dans le monde de l’étrange et de l’insolite. Elle reste dans les mémoires comme étant l’une des icônes tragiques des Etats-Unis en s’étant suicidée à l’âge de 48 ans. Sans oublier Dorothea Lange (1895-1965), photographe américaine, dont certaines images font toujours le tour du monde. Suite au krach boursier du 24 octobre 1929 et à une sécheresse dans le sud, les Etats-Unis connaissent une crise sans précédent (la Grande Dépression). Soucieuse du sort des sans-abri et des chômeurs, elle se lance dans le documentaire social engagé, dont elle fait sa spécialité. Et, bien évidemment, il est indispensable de mentionner l’Américaine Mabel Bonney (1894-1978), d’origine française par sa grand-mère, qui s’installe à Paris en 1919 pour devenir, entre autres, correspondante du Figaro. Passionnée d’art et d’architecture, reporter de guerre en 1939, elle est l’une des premières à avoir mélanger le journalisme et la photographie.

Germaine Krull et Lee Miller appartiennent à cet univers. Retour sur deux destins hors du commun.

Germaine Krull : l’aventurière

Communiste, contre-révolutionnaire, anti-colonialiste et féministe, Germaine Krull (1897-1985), photographe accomplie, artiste jusqu’au-boutiste et femme de tête, a manifesté à chaque tournant de sa vie la volonté de dépasser son époque, de transgresser ses propres lois et de changer le monde.

Germaine Krull est née à Wilda-Poznan (en Allemagne à l’époque, en Pologne aujourd’hui). Elle suit des études de photographie à Munich.

La première partie de sa carrière de photographe a pour thèmes l’Allemagne et la Russie, surtout Moscou et Saint-Pétersbourg, de 1915 à 1925. Durant cette période et en plus de son métier, Germaine Krull participe à des activités communistes en Allemagne, est arrêtée en ex-URSS à titre d’activiste révolutionnaire indépendante, est déportée à Riga, en Lettonie, avant de s’installer à Berlin où elle participe à un mouvement nudiste.

Son parcours professionnel, de 1925 à 1940, se circonscrit à la Hollande et à la France. Amoureuse d’un jeune cinéaste néerlandais, Joris Ivens, elle partage sa vie entre Amsterdam et Paris. En 1928, elle réalise un portfolio, Métal, composé de 64 planches représentant des images industrielles d’une grande force d’abstraction.  Cette œuvre de Germaine Krull révolutionne l’histoire de la photographie et apparaît rapidement comme le manifeste de la nouvelle tendance, résolument moderniste et non conventionnelle. Elle acquiert une solide réputation en Europe, photographie des figures littéraires en vue, dont Jean Cocteau, André Malraux, Colette et André Gide, et sillonne la France en automobile. En 1929, elle publie 100 x Paris et, l’année suivante, Études de nus et Le Valois, mais ne s’arrête pas là. En 1930, elle édite, avec le romancier Georges Simenon deux photos-romans policiers et La route de Paris à Biarritz. C’est en 1935, qu’elle part s’installer à Monte-Carlo (voir encadré).

En 1941, pendant la seconde guerre mondiale, en 1941, Germaine Krull s’embarque, depuis Marseille, pour le Brésil, où elle tente de rejoindre les forces de la France libre. Finalement, elle y vivra pendant plus d’un an. Elle se joint par la suite aux services de renseignement des forces armées de la France libre et quitte le pays pour rejoindre Brazzaville, au Congo. En 1943, son divorce d’avec Joris Ivens est prononcé. Cependant, la vie continue et Germaine Krull s’installe à Casablanca puis à Alger avec les Forces combattantes françaises. En août, elle débarque à Saint-Tropez avec les Forces alliées, puis prend des photographies de la Libération de Paris.

La troisième et dernière étape de sa vie est l’Asie, où elle restera pratiquement jusqu’à la fin de ses jours. En 1945, elle part pour Bangkok, en Thaïlande, comme correspondante de guerre et est témoin du début du conflit indochinois. De 1947 à 1966, soit pendant presque vingt ans, elle dirige avec Jim Thompson, le magnat de la soie (voir article Hors du temps), l’hôtel Oriental, qui deviendra, plus tard, l’un des meilleurs du monde. En 1967, son travail fait ensuite l’objet d’une importante rétrospective à la Cinémathèque française, au Palais de Chaillot. Dix ans plus tard, la seconde se déroule à Bonn. L’Inde l’attire et elle part y vivre en 1968. Germaine Krull vient en aide à un groupe de moines bouddhistes avec qui elle cohabite. En 1983, atteinte d’une grave maladie, elle rentre à Wetzlar, en Allemagne, où vit sa sœur (née en 1906). Elle y décède en 1985.

Sa vie et son œuvre ont enjambé neuf décennies et quatre continents. Germaine Krull a été le témoin des principaux bouleversements du XXème siècle et fait partie de ces femmes ayant bravé les conventions et fait avancer leur condition.

Celle que Jean Cocteau décrivait comme étant « un miroir réformant », Germaine Krull a été l’une des premières à photographier des usines, des ponts et des machines. Elle a également innové par ses études de nus féminins. Elle a toujours pensé que l’observation et l’expression étaient primordiales et a expérimenté la contre-plongée audacieuse, les cadrages inédits, les gros plans et les principes du photomontage. L’artiste se situe au cœur d’un mouvement utilisant l’image pour décaler le regard, et façonner une vison nouvelle et anticonformiste. Germaine Krull a définitivement marqué son temps.

Germaine Krull à Monte-Carlo

Germaine Krull a vécu à Monte-Carlo et sur la Côte d’Azur de 1935 à 1940. Elle y ouvre un studio et illustre, par le biais du photoreportage, les multiples facettes de ce lieu de villégiature privilégié. Elle dirige également le service photographique du Casino de Monte-Carlo, ce qui lui permet d’accéder aux différentes activités officielles et aux gens de la haute société qui, à l’époque, y séjourne. Elle photographie essentiellement les spectacles, pose son regard sur l’architecture, la vie nocturne et parfois la vie quotidienne. Elle couvre également les événements sportifs (courses automobiles et de voile, tennis). En 1937, elle publie Les Ballets de Monte-Carlo.

Lee Miller : mannequin, muse et photographe

Lee Miller (1907-1977) a connu plusieurs vies aussi trépidantes les une que les autres. Née à New York, elle est tout à tour muse, mannequin et photographe.

Fille d’un ingénieur à la beauté classique, Lee Miller est découverte par Condé Nast, le fondateur de Vogue, dont elle devient l’un des premiers grands modèles. Les plus grands la photographient. En 1929, elle part pour Paris et devient l’assistante, la collaboratrice  et la maîtresse du surréaliste Man Ray, le modèle de Picasso, l’actrice de Cocteau dans Le sang du poète ainsi que l’amie d’Eluard et de Chaplin. De modèle, elle devient photographe. C’est avec Man Ray que Lee Miller trouve et peaufine le procédé de solarisation. En 1934, elle épouse un Égyptien fortuné et part vivre au Caire, où elle photographie le désert, les ruines et les villages abandonnés. Trois ans plus tard, elle tombe amoureuse d’un peintre et poète anglais, Roland Penrose. Ils voyagent ensemble en Grèce et en Roumanie, et s’installent ensemble à Londres. En 1940, elle rejoint le Vogue anglais comme photographe. Après le 6 juin 1944, elle débarque en France et couvre en tant que correspondante de guerre la Libération de Paris, la Bataille des Vosges, la jonction russo-américaine sur l’Elbe et fait partie des premiers photographes à entrer dans les camps de concentration de Dachau et de Buchenwald. Après la guerre, elle retourne en Angleterre pour épouser Roland Penrose. De leur union, naît un fils, Antony. Ce n’est qu’en 1949 que la famille part s’installer à Farley Farm, dans le Sussex, où elle reçoit de nombreuses personnalités, dont Picasso, Ernst et Hamilton. Souffrant de dépression et d’alcoolisme, elle s’éteint en 1977, atteinte d’un cancer.

Biographie

. Lee Miller. Dans l’œil de l’Histoire, une photographe, Carolyn Burke, Autrement, 2007
. Les vies de Lee Miller, Antony Penrose, Thames & Hudson, 2007

Sur Internet : www.leemiller.co.uk

À savoir

Il est possible de visiter la maison de Lee Miller, la Farley Farm, à Chiddingly, dans le Sussex, au Royaume-Uni. Elle y a vécu de nombreuses années avec son époux Roland Penrose et leur fils Antony. Pour en savoir plus ou préparer sa visite, envoyez un e-mail à tours@leemiller.co.uk.

©  Delphine Evmoon – Absolutely Femmes 2008

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Fathia Bennis – Un moteur : les défis

Posté par delphineevmoon le 8 juin 2010

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Depuis mai 2005, Fathia Bennis, après un parcours remarquable, dirige Maroclear (Dépositaire central des titres de la place boursière de Casablanca). Ses priorités : répondre aux attentes de la place financière en termes de sécurité et de transparence. « Les défis sont non seulement un quotidien, mais mon véritable moteur de progrès et de motivation sur le plan professionnel, et une source d’épanouissement sur le plan personnel. » Rencontre.

La finance, une vocation ?

Ma véritable vocation était l’enseignement supérieur. Faute de poste et suite à un concours passé pour intégrer la Banque centrale, j’ai rejoint la sphère financière. Ce que je ne regrette pas, loin de là, car cela m’a permis, grâce à l’expertise et l’expérience acquises au sein de cette grande institution, d’être nommée à la tête de la Bourse de Casablanca, puis d’être actuellement à celle du Dépositaire central des titres, après un passage enrichissant à l’Office national marocain du tourisme.Vie privée, vie professionnelle : comment concilier les deux ?C’est une question d’organisation. Le degré de conciliation entre la vie professionnelle et personnelle résulte du profil familial de chacun et il est évident, que dans mon cas, mes enfants étant adultes, cela est plus facile. De manière générale, il y a lieu de noter que cette conciliation reste complexe tant que la répartition des tâches au sein du couple est ce qu’elle est, c’est-à-dire tant que la femme assure une double journée de travail.

Le secret de votre réussite ?

Le travail, encore le travail et enfin le travail, avec, bien évidemment, un zeste de chance.Quelles sont, selon vous, les qualités requises pour être un bon dirigeant ?Un bon dirigeant est celui qui sait prendre des décisions en les assumant après avoir recueilli les propositions et les avis de ses collaborateurs.

Une femme peut-elle apporter une différence dans un poste à haute responsabilité ?

Certainement de l’écoute, de la disponibilité et du pragmatisme.Encadré.

Votre devise ?

Le travail au service de mon pays
Votre héro favori ?

Tout homme ou femme qui contribue d’une manière ou d’une autre à l’amélioration de la condition humaine à tous les niveaux et dans tous les domaines.

Si vous étiez quelqu’un d’autre, qui seriez-vous ?

L’abbé Pierre

Bio express
Fathia Bennis a obtenu son baccalauréat au lycée Lyautey de Casablanca, au Maroc. Après un DES en sciences politiques et un doctorat en relations internationales, elle débute sa carrière, en 1981, comme administratrice d’une société de bureautique. Trois ans plus tard, elle intègre la Banque centrale où elle reste jusqu’en 1998. Elle prend ensuite la tête de la Société de la Bourse des valeurs de Casablanca (SBVC) avant de diriger, à partir de 2000, l’Office national marocain du tourisme (ONMT), où elle reste quatre ans. Fathia Bennis est, entre autres, membre du conseil d‘administration de la Royal Air Maroc (RAM), de la Comanav, de la Fondation du Festival du cinéma de Marrakech, et de la Société d’aménagement de la Baie d’Agadir et de Tanger.

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Miriem Bensalah Chaqroun : le ciel est sa limite

Posté par delphineevmoon le 8 juin 2010

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Administratrice directrice générale des Eaux minérales d’Oulmes, une société marocaine familiale cotée en bourse, depuis 1989, Miriem Bensalah Chaqroun est « une femme de challenges permanents ». Pour cette passionnée de sport, incluant le golf, l’équitation, la moto et l’avion, son objectif professionnel est de créer des emplois et de la valeur ajoutée. Rencontre avec une femme d’affaires avisée.

Les affaires : une passion ? Une hérédité ?

Si cela avait été héréditaire, quel ennui de ne se retrouver qu’entre gens bien nés. Non, naturellement, il s’agit d’une passion « opiniâtre ».

Vie privée, vie professionnelle : comment concilier les deux ?

Pour concilier les deux, il faut, sans aucun doute, que votre conjoint partage aussi fortement que vous, vos envies, vos projets et vos ambitions. C’est effectivement le cas pour moi car j’ai à faire à une forte partie en face.

Que pensez-vous de la place de la femme marocaine au sein du patronat et des entreprises marocaines ainsi que des conseils d’administration ?

En évolution constante. La meilleure preuve est que sept femmes siègent actuellement au sein du gouvernement et à des postes d’importance. Le niveau de compétences et d’implication des femmes est aujourd’hui tel que leur montée en puissance n’est qu’une question de temps. Et en matière de patience, les femmes savent y faire.

Le secret de votre réussite ?

Ce n’est plus un secret pour personne, la réussite (aussi relative soit-elle) est sans doute un mélange de travail, de volonté et de curiosité permanente.

Le fait d’avoir été sélectionnée par le magazine Forbes parmi les cinquante premières femmes d’affaires les plus dynamiques du monde arabe a-t-il eu un impact sur vous ?

En dehors du fait que cela ait certainement caressé mon ego, rien de significatif n’a changé. Je suis, bien entendu, fière de pouvoir être un exemple pour mes filles et donner l’envie à d’autres d’être en quête de l’excellence (après laquelle je cours toujours par ailleurs).

Quelle est la place du tissu associatif, de l’art et de la culture dans votre vie ?

Vous touchez là le centre de mes intérêts « affectifs ». Je préside, en toute discrétion, plusieurs associations caritatives. J’ai été la fondatrice du Festival de Casablanca (le plus important et le plus éclectique au Maroc) et préside actuellement le Comité de Tanger 2012 pour l’Exposition universelle.

Quelles sont, selon vous, les qualités d’un bon dirigeant ? Pensez-vous qu’une femme peut apporter une touche différente dans un poste à responsabilité ?

Les femmes apportent leur sensibilité et relativisent parfois mieux les évènements. Les rapports de force sont transposés de manière apaisée dans leur mode de gestion. Mais tout dirigeant, à mon  humble avis, doit être clair et loyal avec ses équipes, clairvoyant dans sa stratégie et se remettre en question en permanence… Et donner l’exemple.

À savoir
. Votre devise ? Le ciel est la limite
. Votre héros favori ? Alexandre le Conquérant
. Et votre héroïne ? Ma mère, cette sainte
. Si vous aviez été quelqu’un d’autre, qui auriez-vous été ? Un oiseau libre

Bio express

. Naissance à Casablanca, au Maroc, en 1962
. Mariée et mère de trois enfants
. Diplômée de l’université de Dallas aux Etats-Unis (MBA finances et relations internationales) et de l’École supérieure de commerce à Paris
. Depuis 1989, est, entre autres, administratrice du groupe HOLMARCOM, membre du Conseil d’administration de la Banque centrale du Maroc et de celui des Femmes chefs d’entreprises (AFEM), vice-présidente de l’association Réseau Maroc Entreprendre, et membre du bureau de la CGEM (patronat marocain) et du Conseil de l’Agence de développement social (ADS)

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Ami Vitale : l’humanité par l’image

Posté par delphineevmoon le 8 juin 2010

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Son mode d’expression : l’image. Celle qui parle, bouscule, remplit de joie, de bonheur, de colère et de tristesse. Celle qui décrit la beauté sans fards, la douceur, la dureté, la souffrance et les drames du quotidien. Celle qui montre l’être humain et le monde comme ils sont. Celle qui fait réagir, qui bouleverse et émeut. Celle qui raconte une histoire. Car Ami Vitale, photojournaliste dont l’humanité est reconnue de tous, vous emporte, à travers ses clichés, dans l’intimité profonde de la vie.

Ami Vitale, une Américaine née en 1971 et ayant choisi de vivre en Inde, raconte des aventures humaines. Fascinée par les histoires oubliées non dévoilées, elle se sert de son appareil pour les partager. Curieuse et courageuse, elle affectionne la découverte d’autres cultures et d’univers différents du sien. Rien ne l’effraie. Ni le Cachemire, qui lui a d’ailleurs valu de remporter le prix Canon-AFJ de la femme photojournaliste en 2003, ni l’Angola, la Mauritanie, le Moyen-Orient ou les Balkans. Ami aime créer des ponts entre les peuples et montrer la vie telle qu’elle est aux quatre coins du monde.

Respectée par ses pairs et collaboratrice régulière de Newsweek, du Guardian, du New York Times et du Figaro, la photographie est une passion qui n’a fait que grandir. Alors qu’elle rend visite à sa sœur en Guinée-Bissau, en 1995, elle réalise que ce monde magnifique qu’elle découvre n’a jamais été exploré dans les médias internationaux.

Ses idées de reportage viennent de sa propre expérience, de conversations, de voyages et de rencontres. « Tant d’histoires fascinantes ne sont jamais racontées. » Tout l’intéresse, elle veut tout apprendre et court en permanence après le temps. Cependant, la concurrence reste difficile, mais la motivation, la passion, la dévotion et l’amour de son métier, pousse Ami à aller toujours plus loin. « Chaque jour est une expérience unique. Quelle richesse ! » Il n’en reste pas moins que concilier vie privée et professionnelle est très difficile, surtout pour les grands voyageurs. « Les deux requièrent la même dose de passion et de dévouement. Je recherche maintenant cet équilibre. »

Sur Internet : www.amivitale.com

 

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©  Delphine Evmoon – Absolutely Femmes 2008

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Laurence Ladougne : au-delà des apparences

Posté par delphineevmoon le 8 juin 2010

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Artiste atypique, Laurence Ladougne aime jouer avec la féminité et lutter contre les stéréotypes. Celle pour qui « l’image est moins importante que ce qui s’en dégage » est une touche à tout. Après des études d’arts plastiques (spécialisation volume), Laurence a envie de tout et veut tout essayer : les décors, les maquettes d’architecture, la mode, la sculpture et la presse en devenant styliste photo. Mais « pour être artiste, il faut vivre en dehors de la société. Je n’étais pas encore prête ». Forte de cette conviction, elle « rentre dans le moule » et enchaîne les petits boulots bien rangés pendant quelques années. Elle découvre la photographie et c’est le déclic. Celle qui voulait devenir « artisan » va devenir « artiste », pour notre plaisir à tous. « Je tente de trouver un équilibre entre toutes mes formes d’expression que sont la photographie, le dessin et la sculpture. J’aime parler, à travers mon travail, de liberté, de féminité, d’intimité et de la transmission. » Laurence aime aller au-delà des apparences, s’attache à montrer la vérité cachée des femmes simulée derrière le vernis et tient à raconter des histoires que chacun peut interpréter selon son désir. Douce et réservée, déterminée et hésitante, elle a beaucoup d’humour et surtout beaucoup de talent. Petit voyage dans le monde de Laurence Ladougne.

Si vous étiez…

Un lieu
Les puces de Montreuil, où je peux chiner, une passion, et où tout peut arriver.

Une ville
Londres, pour la liberté dans le regard de l’autre.

Un livre
Femmes qui courent avec les loups, de Clarissa Pinkola Estés, mon livre de chevet pendant cinq ans.

Un univers
Je garde tout et même mes vêtements depuis la sixième. Je ne suis pas attachée à l’objet en tant que tel, mais à son histoire, son souvenir, l’impression et l’émotion qui l’entourent. Mon chez moi est d’ailleurs une vraie brocante au fouillis organisé. J’adore.

Un vêtement
Les chaussures, une passion. Les gants, un clin d’œil aux surréalistes.

Une ambiance
Celle des guinguettes le dimanche et celle des quotidiens quand une rencontre imprévue de deux minutes peut vous rendre heureux toute la journée.

Une artiste
Esla Schiaparelli, chez qui mon grand-père était chauffeur de maître et pour qui ma grand-mère brodait. La photographe Sarah Moon pour la beauté qui irradie de son travail.

Une devise
Être de plus en plus libre.

 

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© Delphine Evmoon – Absolutely Femmes 2008

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Sur les pas de Victor Hugo à Jersey et Guernesey

Posté par delphineevmoon le 30 mai 2010

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« Il y a tant de mer et tant de ciel que c’est à peine si l’on y a besoin d’un peu de terre »
Victor Hugo

Victor-Marie Hugo, né le 26 février 1802 à Besançon et mort le 22 mai 1885 à Paris, est un écrivain, dramaturge, poète, homme politique, académicien et intellectuel engagé français, considéré comme l’un des plus importants écrivains romantiques de langue française.

Exilé en 1851 sur ordre de Napoléon III, l’écrivain quitte la France pour la Belgique avant de séjourner à Jersey pendant trois ans (de 1852 à 1855), d’où il est expulsé pour avoir critiqué la reine Victoria. Il rejoint Guernesey, où il débarque en octobre 1855 avec sa famille et sa maîtresse Juliette Drouet, et où il restera jusqu’en 1870. Il y a achevé les Contemplations, écrit, entre autres, L’archipel de la Manche et les Travailleurs de la mer, roman inspiré par les personnages et les paysages locaux.

À Jersey

. Le rocher des Proscrits, au bout de la grève d’Azette près de Saint-Hélier, la capitale. Victor Hugo y rencontrait ses compagnons d’exil et aimait s’y faire photographier. C’était un lieu de rassemblement pour les nombreux exilés de l’île au XIXe siècle. Non lion se trouve le cimetière des Proscrits où Hugo a accompagné vers leur dernière demeure de nombreux compagnons, français et étrangers.

. La résidence où l’auteur vivait à son arrivée est l’hôtel de la Pomme d’or qui existe toujours à Saint-Hélier. Il est ensuite resté à Marine Terrace, désormais un hôtel.

. La baie de Portelet et l’îlot de Janvrin ont inspiré Victor Hugo.

. Le site panoramique du phare de la Corbière où Hugo a écrit l’un des poèmes des Contemplations et près duquel se trouve la table des Marthes, sans doute l’une des pierres d’un ancien dolmen.

. Le tumulus de la Hougue Bie est l’un des mieux conservés d’Europe. L’écrivain y a rédigé son poème Ce que c’est que la mort.

. Gorey Harbour est un charmant petit port dominé par la forteresse Montorgueil, souvent visité par l’auteur.

 Sans oublier…

Les jardins de Samares Manor (www.samaresmanor.com) pour ceux qui aiment les fleurs et les parterres à l’anglaise, Jersey Pottery (www.jerseypottery.com) pour les amateurs de céramique réputée dans tout le pays depuis 1946 et l’église Saint-Mathieu, dans la baie de Saint-Aubin, où le cristallier René Lalique a réalisé les verrières et l’aménagement intérieur.. Les îles anglo-normandes ont été la seule partie du Royaume-Uni à être occupée pendant cinq ans (de juin 1940 à mai 1945) par l’Allemagne durant la seconde guerre mondiale. Vous pouvez d’ailleurs visiter à Jersey le Musée de l’occupation allemande ainsi que les tunnels de guerre (Les charrières Malorey à Saint Lawrence).

À Guernesey

. Saint-Pierre-Port, la capitale. Il loge tout d’abord à l’hôtel de l’Europe avant de s’installer au 20 Hauteville street avant d’acheter, en mai 1856, Hauteville House (38 rue d’Hauteville), grâce à ses droits d’auteur générés par la publication des Contemplations. Il y a vécu de 1855 à 1870. Chaque pièce a été aménagée au fur et à mesure en respectant les goûts éclectiques de l’écrivain : tapisseries, boiseries, faïences et meubles chinés dans les brocantes de l’île. La maison est aujourd’hui la propriété de la Ville de Paris.

. Dans Candie Gardens, les jardins exotiques, on retrouve la statue de Victor Hugo inaugurée en 1914 et offerte par la France en remerciement aux habitants de l’asile offert au poète.

. De cette maison, il suffit d’aller en direction de Saint Martin’s pour rejoindre Havelet Bay, où Victor Hugo avait l’habitude de se baigner.

. Tocquemaine Bay, Lihou Island et Coco Bay sont autant de lieux où l’écrivain aimait trouver son inspiration, tout comme l’église Saint Sampson et Vale Castle qui forment le cadre de son œuvre les Travailleurs de la mer.

. Watch House, la cabane du guetteur que l’on retrouve également dans le même ouvrage, se trouve au sud de l’île, au-dessus de la falaise de Gull Rock.

Et aussi…

Depuis la parution du magnifique livre Le cercle littéraire des épluchures de patates écrit par Mary Ann Shaffer & Annie Barroxs (éditions Nil, 2009) et dont l’activité se déroule à Guernesey, des guides touristiques peuvent sur demande vous faire faire le tour des lieux mentionnés dans le roman.

© Delphine evmoon

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La Bibliothèque nationale d’Autriche : un lieu de savoir

Posté par delphineevmoon le 12 mai 2010

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Abritant plus de 7,4 millions de livres et d’objets de collection ainsi que la Salle d’apparat, le Musée du papyrus (environ 180 000 pièces), le Musée des globes (unique au monde), le Musée de l’Espéranto et dix collections spéciales, la Bibliothèque nationale d’Autriche est l’une des plus importantes dans le monde.

La Salle d’apparat baroque (en photographie) de la Bibliothèque nationale d’Autriche, appelée « Prunksaal », figure parmi les plus belles bibliothèques historiques du monde. L’empereur Charles VI (1685/1711-1740) a fait construire ce bijou de l’architecture baroque profane. La Salle d’apparat a été construite de 1723 à 1726 par Joseph Emanuel Fischer von Erlach (1693-1742). Le peintre de la cour, Daniel Gran (1694-1757), a achevé les fresques du plafond en 1730. Elle mesure 77,7 m de long, 14,2 m de large et 19,6 m de haut. Au centre se trouve une statue en marbre de grandeur naturelle de l’empereur Charles VI signée Peter (1660-1714) et Strudel (1648-1708).

Aujourd’hui, la salle d’apparat conserve environ 200 000 livres datant de 1501 à 1850, dont 15 000 volumes appartenant à l’ancienne collection du prince Eugène de Savoir (1663-1736).

Contact
Bibliothèque nationale d’Autriche – Josefsplatz 1, 1010 Vienne, Autriche – www.onb.ac.at

©  Delphine Evmoon – Photographie Bibliothèque nationale d’Autriche – Absolutely Femmes 2008

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